Foutue réalité !

2 04 2010

 

                                                                                                                                  Vendredi 19 février 2010 

J-1 avant la date fatidique et le changement de dizaine, passeport pour la décrépitude.

Avant d’aller à cette foutue soirée, je voulais encore y croire. Ma collègue Lisa avait bien insisté sur le fait que Rodrigue se pointerait à cette soirée, mais elle avait omis une chose, c’est qu’elle ne m’avait pas laissée l’exclusivité sur ce plan mâle. Et moi, toute la semaine, je souriais bêtement en pensant à ce Rodrigue que j’avais croisé 3 mois plutôt à une crémaillère et qui avait embrasé avec ses yeux pétillants et malicieux mon pauvre petit cœur qui ressemblait à celui de Frankenstein, en raison de la multitude de points de suture et d’agrafes qui lui permettait de ne pas s’éparpiller au moindre afflux sanguin.

J’avais donc choisi mes vêtements avec le plus grand soin et avais même fait passer mes fringues au « Conseil de la haute tenue » auquel siégeaient mes plus proches amies. Pour une fois, la censure n’avait  pas réduit à néant mes heures de recherches à la Indiana Jones dans le sous- continent indien qui me fait office de dressing. En un  choix collégial, la célèbre petite robe noire serait agrémentée de sublimes escarpins noirs  satin avec une boucle en strass Jimmy Choo et d’une pochette Chanel Vintage.

Une fois prête habillée, brushinguée et parée, elles m’accompagnèrent jusque sur le pallier et dans une chorégraphie bien huilée depuis des années, elles dressèrent toutes les 4 simultanément leurs mains vers le plafond et croisèrent les doigts pour moi. C’était ma dernière chance pour ne pas être célibataire et pleurnicharde pour mon anniversaire. Elles comptaient déjà faire des gorges chaudes des détails que je leur distillerais tout au long de ma soirée de non- anniversaire prévu pour demain au restaurant.

En mon for intérieur , je n’avais de cesse de répéter : «  faite que Rodrigue ai du cœur ! »

                                                                                             

                                                                                             

Je me pointais donc avec ma demi-heure de retard habituelle, la tête pleine de doux rêves romantiques chauds et sucrés chez Lisa.

La soirée se déroulait à merveille. Rodrigue cherchait le contact visuel, puis une coupe de champagne à la main, il s’installa à côté de moi sur le sofa. La complicité revint illico- presto, on s’amusait à faire un chouya en avance le débriefing de la soirée. Notre sujet d’étude anthropologique porta sur une énergumène fraîchement sortie d’une école de commerce. C’était le sujet idéal. Il incarnait à la perfection tous les travers des représentants de son espèce : échange de portable pour savoir qui avait le plus de gigas, à ce propos , je m’étonnes toujours des sursauts de notre bulbe rachidien primitif, narration des dernières vacances et compét de jet-ski, vantardises à propos des litres d’alcool qu’il peut absorber … Bref un pur bonheur , un bon petit soldat du capitalisme !

Les papillons virevoltaient déjà dans mon ventre lorsque un tsunami peroxydé se pointa sur des talons de 15  cm . Bye bye l’idylle.

Elle s’installa sur l’accoudoir à côté de MON Rodrigue et trouva la parade pour se l’accaparer et l’emmener loin de mes filets depuis cette satanée loi Evin . Elle prononça la phrase fatidique : «  tu viens sur la terrasse pour une petite cigarette ! »

Et ce connard qui me vantait il y a moins d’un quart d’heure les bienfaits de l’arrêt de la clope dans les lieux publics, la suivit comme un brave petit toutou, salivant en regardant son postérieur d’une môme de 15 ans chaloupant en raison de l’altitude scandaleuse de ses talons.

Ce fut notre dernier contact.

Abattue et dépitée, je me réfugiais dans mon antre pour pleurer tout mon saoule et cracher mon venin sur cette pétasse de fausse blonde !

                                                                                             

Je n’ai jamais eu de chance avec les fausses blondes. Cela remonte à ma prime enfance ou je ne voyais encore en elles que des amies potentielles. Mon premier chagrin fut causé par la VIP des fausses blondes, la seule et unique : barbie ! Depuis mes trois ans je lui vouais un véritable culte, compagne de tous mes jeux, princesses de mes inventions ludiques. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je décidai d’intensifier nos rapports. Pour mes 7 ans, mes parents m’ont offert la barbie dernier cri des années 80 . Dans un élan d’autonomie, toute fière de savoir écrire du moins phonétiquement, je remplis fiévreuse le coupon pour faire partie du club sélecte de barbie. Il était même mentionné qu’elle viendrait pour mon prochain anniversaire. Je me voyais déjà parader en rose à ses côtés en faisant ma petite crâneuse devant mes amies vertes de jalousie ou totalement médusées.

Une fois la lettre postée, j’attendis des jours et des jours la réponse.

Cette dernière alla au-delà de mes espérances. Le couperai tomba : «  Désolé mais barbie ne peut pas être ton amie ». A cette phrase, je me précipitai en pleur dans les bras de mon paternel, qui me décrypta la suite : Barbie ne pouvait être mon amie, car grande naïve que j’étais j’avais omis de joindre un chèque avec un montant astronomique au vue de cette amitié plastique. Quand on a 7 ans, on ne pense pas qu’une amitié se monnaie ! Mon père contrit devant mes larmes ne pu répondre à ma requête, le banquier n’aurait certainement pas envisagé cette relation vénale unilatérale indispensable pour l’éducation d’une petite fille.

Barbie me fit donc entrer de plein pied dans la douce réalité .

                                                                              ∞∞∞

 


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