Les apprenties baroudeuses

27 05 2010

                                                                                                                                                                                               Dimanche 28 février 2010

L’accès à l’électricité m’a pris deux jours de recherche.

La première soirée a été fort agréable. Une petite veillée aux doux sons des animaux et esprits de la forêt, l’air saturé par l’odeur des répulsifs. A ce propos, au retour faut que Je me renseigne sur les composants de ces produits. Je crains que tous les peelings ne parviennent pas à ravoir mon grain de peau après cela, une goutte de répulsif maladroitement tombée sur ma lampe poche en a tout de même effacé les inscriptions, sous les regards ébahis de mon groupe d’apprenties baroudeuses.

J’ai fait la connaissance d’un charmant couple de Sud Africains en voyage de noce. Je crains de ne pas  avoir tout saisi vu mon anglais rudimentaire et leur terrible accent et expressions afrikaners.  Tout en sirotant de délicieux cocktails à base de jus de canne à sucre, ils m’ont narré à l’aide de mimiques et de grands gestes leur séjour chez une tribu amérindienne et leurs découvertes gustatives, ainsi que les coliques de sa douce et tendre. Rien de tel pour renforcer la complicité !

La première nuit a été assez folklorique. Le coucher a ouvert la danse.

 Après ces péripéties, j’avais hâte de m’allonger au creux de mon  cher petit lit douillé ,et surtout luxe suprême, surplombé d’une précieuse et indispensable moustiquaire.

Telle ne fut pas ma surprise, en poussant la porte d’entendre des sanglots, la nature avait déjà vaincu une aventurière en herbe. Telle une furie, elle m’exposa sa tignasse et me fit contempler son cuir chevelu déformé par les piqûres de moustiques quelques lambeaux de peaux arrachés par les vestiges d’une french manucure qui n’avait pas résistée à une croisière en pirogue  et à deux chutes dans les fourrés. Entre deux sanglots, je parvins à comprendre que cette malheureuse avait accepté de braver ce milieu pour séduire un homme qui n’avait cure, d’elle pour lui démontrer qu’elle n’était pas la une rousse superficielle qu’il croyait.

 Entre deux sanglots, j’ai eu la confirmation de l’usurpation de son roux lumineux. Dans un ultime geste de coquetterie pour rester belle et pimpante, l’œil vif et le cheveu brillant, elle avait fait un henné. Cette première soirée fut donc bien instructive, à ses dépends on apprit donc que le henné

faisait l’effet pour les moustiques de Jimmy Choo pour une fashionista. Il ne lui restait plus qu’à porter un foulard jusqu’à la fin du séjour.

Quelques barres chocolatées ingurgitées, je pu enfin rejoindre ma couche. Le sommeil tarda à venir à cause des dimensions du lit, je ne suis pourtant pas bien grande, mais là le challenge était de taille :

-          Dès qu’on bouge, il faut veiller à ne libérer aucun pan de la moustiquaire pour ne pas se réveiller toute boursoufflée, le corps brûlant par endroit comme sous la caresse sadique  d’orties

-          Les pieds ont une fâcheuse tendance à dépasser du cadre de 80 cm sur 1m 80.

-          Le bruit assourdissant des dizaines moustiques hélico prêts à s’engouffrer dans le moindre interstice.

Mais comment peut-on venir dans un tel lieu pour un voyage de noce alors qu’il y a les Antilles ou les Seychelles !

En pleine nuit, nous avons  toutes été réveillées par une série  de cris perçants venant du lit situé à côté de la dernière petite fenêtre. Toutes empêtrées dans nos draps et moustiquaires, ma voisine alluma une lampe. Les cris d’hystérie provenait d’une malheureuse qui n’avait pas supporté le massage faciale gratuitement offert par une blatte géante, de celles qu’on doit disséquer bon gré mal gré,  en cours de SVT. Les cris redoublèrent, lorsque je soulevai son oreiller. Une famille de blattes détala pour trouver refuge dans un coin sombre façon  Kafka.

Le réveil fut le parfait épilogue de cette nuit.

 Dès les lueurs du jour, tremblantes ou tétanisées par la peur selon nos natures respectives, pour ma part, le drap remonté jusqu’au niveau des pommettes en dépit des 28°C ambiant, nous écoutions une sorte de mugissements venus de la nuit des temps. Dans une litanie, je me persuadais que Jurassic Park n‘était qu’une fiction.

Une demi-heure plus tard, notre sauveur pointa le bout de son nez. Le Vendredi tant attendu, qui n’en avait pas la tenue, tout blanc revêtu d’un ensemble sports wear nike. Nous  informa dans un rire contenu que la bande sonore provenait d’une ribambelle de singes hurleurs à quelques centaines de mètres des lodges.


Actions

Informations



Laisser un commentaire




fictiontwilightdomination |
poèmes d'une romantique ... |
C'est de l'autre côté de ma... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Poésie net
| Conversation-Evasion
| Morganedoc